Incipit

lève le voile
une voix vente lente tes
lèvres lèvent le voile d’un rêve éveillé une mer
la voix danse dans la lueur flammèche volant de la pièce à la rue
lève la voile là

hier je me suis souvenu d’un rêve
entre deux rideaux une scène ou la place qu’occupaient
un corps et une voix
puis des bâtiments et le ventÉretat
des pas entre les flaques
d’autres corps et un
s’invitant au partage d’un silence

maintenant j’invoque le souvenir
de la marche de la plume au saut dans le réel
et le prisme continu des sens
et la voix dans l’espace
et l’espace cédant
une vie

l’image le souvenir

je suis déjà venu

Un chemin du Pays Basque

ici il y a longtemps
sans y être jamais allé

un mois de mars un mois d’avril
et j’y retourne aujourd’hui
pour le souvenir de mes morts

l’image récite l’explication des métaphores
si je parle du lieu c’est qu’il a disparu
le retrouveras-tu, l’homme égaré ?

le souvenir récite cet autre poème
avec une pièce aux rideaux tirés
et des volutes de cigarillo

du temps a passé encore
et je reviens ici parfois
je chante un air pour un bref plaisir
cite une de tes phrases pour sourire un peu
je m’attarde et mon regard

puis je m’en vais
et le souvenir de toi

Instantané

Par la fenêtre du corps
un petit monde résume des siècles
en omettant ses catastrophes

l’horizon n’est pas d’ici

la vie remue
c’est le royaume replié des hommes

le sens d’un être-là
maintenant

Structures

Le verbe fonde en haut à gauche
les linéaments d’une pensée ou
d’une impression, d’un souvenirL'Île de Nantes
développant en une seule phrase
et un seul paragraphe le contenu
qu’il soutient socle d’une parole
graphique construite à la hauteur
et à l’image d’une cité d’hommes

Éloge du regard

oeilDepuis la pulsation de la ville tachycardiaque
au jet d’encre sur la page
les images voyagent
des lieux jusqu’aux personnes

Il faut pour l’apercevoir
l’escale du poème, la
photographie ou la pensée dilettante
et la question où s’imprime
l’image que je vois
et la question :
Où s’imprime l’image que je vois ?

les vitrines les passants
les plans muraux des stations d’autobus
nous renvoient notre écho :
moi, ma ville ou plutôt
la ville, son visiteur, homme toujours de passage

la ville est un miroir déformant pour moi-même ou plutôt
la ville est un étang où se mire la ville
espace parmi le fouillis urbain aux frontières invisibles
espace invisible structure virtuelle
vivante mégalopole

à travers l’objectif
d’un numérique ou d’un argentique
je suis la ville et la ville me suit
l’image se tisse comme un texte
et sa langue multiple depuis l’enfance lue
celle de la ville
depuis l’enfance entendue
des kiosques aux radios
de la rumeur aux écrans
s’écrivent en roue libre

dans les vitrines
dans le bus
sur les trottoirs
sur les quais
aux terrasses des bistrots
dans les boutiques du centre
à la fenêtre
devant l’écran
dedans l’espace
et hors du temps
j’ai le regard
cosmopolite